Les risques liés aux fonds souverains posés par la surexploitation des ressources naturelles nécessitent une plus grande attention ma, nov 19, 2012

Les profils des risques liés aux ressources naturelles calculés pour cinq pays pilotes

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, Londres/Nairobi, le 19 novembre 2012 - Les taux des dettes souveraines de certains pays pourraient être moins élevés que les estimations de plusieurs investisseurs, si l'épuisement des ressources naturelles étaient prises en compte, selon les suggestions d'un nouveau rapport.

La perte des sols, la déforestation, l'épuisement des ressources halieutiques, de même que la hausse des coûts des ressources, ont tendance à prendre de plus en plus d'importances dans la santé économique des nations et pourraient affecter leur capacité de refinancement de la dette souveraine, selon une étude de l'initiative financière du programme des Nations Unis pour l'environnement (UNEP FI).

Le rapport suggère que la façon dont un pays intègre ses ressources naturelles dans ses fonds souverain peut non seulement permettre d'augmenter la transparence du marché (et donc influencer la prise de décision des investisseurs), mais aussi d'encourager les gouvernements émetteurs de dette souveraine à gérer leurs ressources naturelles de manière durable dans le but d'attirer les investisseurs pendant à moyen et long terme.

Dans son analyse des 5 pays pilotes, le rapport « E-RISC: A New Angle on Sovereign Credit Risk » (en français : « E-risques: Un nouvel angle sur les risques liés aux crédits souverains »), met en exergue les défis financiers dus à l'augmentation de la pression humaine sur les ressources hydrauliques, les ressources forestières, les sols, les pâturages et les autres types de ressources naturelles, ainsi que sur les biens et services que les écosystèmes domestiques peuvent produire de manière durable.

Le rapport a été produit par l'initiative financière du PNUE et le réseau global sur l'empreinte écologique, en collaboration avec un certain nombre de propriétaires d'actifs, de gestionnaires de placements et de fournisseurs d'information. Il montre que les demandes de l'Inde en matière de ressources naturelles sont de 1,8 fois plus élevés que les atouts écologiques qu'ils sont en mesure de générer. D'autres pays suivent à peu près la même tendance.

Puisqu'elle a un impact négatif sur le capital naturel et la stabilité économique des pays, la dégradation des ressources naturelles a également le potentiel d'exacerber les crises de la dette des Etats, enclenchant et approfondissant ainsi le ralentissement économique mondial.

En dépit de cela, les risques environnementaux demeurent largement absents des modèles traditionnels qui déterminent les taux de crédits des Etats, de même qu'ils n'influencent pas les autres indicateurs traditionnels utilisés pour définir la résilience économique.

« En raison de la raréfaction des ressources naturelles, nous assistons à un changement de paradigme qui s'accompagne de profondes implications pour les économies et, par conséquent, d'un risque d'aggravation de la dette souveraine dans le monde entier », a déclaré le Secrétaire général adjoint des Nations Unis et le Directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner, lors du lancement du rapport à Londres.

« Il est important d'avoir une meilleure compréhension de la relation entre le risque environnemental et le risque de crédit souverain. C'est seulement à cette condition que les investisseurs, les agences de crédit et les gouvernements seront en mesure de planifier à long terme les éléments permettant d'assurer la santé économique et la stabilité », a déclaré M. Steiner.

« De plus en plus de pays connaissent une demande de ressources dont le niveau excède ce que leur propre écosystème peuvent fournir », selon Susan Burns, fondatrice du Réseau global de l'empreinte écologique globale.

« Cette tendance accentue la concurrence mondiale pour les ressources limitées de la planète et représente des risques pour les investisseurs qui détiennent des obligations souveraines, ainsi que pour les pays émettant ces obligations. Une description plus précise de la réalité économique est donc dans l'intérêt de tout le monde », a ajouté Mme. Burns.

L'Argentine, les États-Unis et les pays de la zone euro (dont l'Espagne, l'Italie et la Grèce) sont parmi les pays qui ont connu une dégradation de leur dette souveraine depuis 2011. Le déclassement de la note des dettes souveraines par les agences de notation et son impact sur les coûts d'emprunt, associé aux risques graves d'exposition à la dette souveraine rencontrés par les banques et les investisseurs, ont conduit de nombreux experts à faire la demande d'indicateurs prenant mieux en compte les risques et les réalités économiques d'un 21siècle de plus en plus pauvre en ressources naturelles.

Pour combler cette lacune, le rapport propose un nouveau cadre dont le but est d'évaluer les risques probables liés au manque de ressources et de permettre une compréhension plus approfondie de la stabilité du futur revenu national.

Nouvelle méthodologie : E-Risc

Testé sur 5 pays pilotes (le Brésil, la France, l'Inde, le Japon et la Turquie), ce nouveau cadre d'analyse du risque se base sur une série d'indicateurs clés.

L'empreinte écologique (la superficie des terres biologiquement productives et la quantité d'eau nécessaire pour soutenir les activités d'une population) nationale est la pierre angulaire de cette méthodologie. Toutefois, la définition de l'empreinte écologique est différente de la bio capacité (la capacité à produire une offre continue en ressources renouvelables et la capacité à absorber les déchets découlant de leur consommation).

L'empreinte écologique, fait référence aux ressources biologiques et renouvelables telles que la pêche, les forêts, les pâturages et la terre nécessaire pour absorber les émissions de CO2. Afin de fournir une définition plus compréhensive des ressources naturelles, le rapport mentionne des données sur des ressources non renouvelables telles que l'énergie fossile ou encore les minéraux.

La méthodologie E-Risc utilise une approche divisée en trois étapes dont le but est de relier les risques liés aux ressources naturelles (et leurs conséquences environnementales) avec les principaux indicateurs macro-économiques. La méthodologie couvre les aspects suivants:

  • Les tendances concernant l'utilisation et la disponibilité des ressources : Les caractéristiques de la consommation des ressources naturelles en comparaison avec l'habileté des écosystèmes d'un pays de pourvoir à cette demande.
  • L'exposition aux risques liés aux ressources : Evaluer l'importance des ressources naturelles dans l'économie d'un pays.
  • Les risques liés à la résilience financière : La capacité d'un pays à faire face à l'augmentation des prix des matières premières ou à d'autres chocs défavorables liés aux ressources naturelles.

Parmi ses découvertes, le rapport E-Risc estime qu'une variation de 10% au niveau des prix peut conduire à des changements au niveau de la balance commerciale d'un pays de plus de 0.5 du PIB.

Une baisse de 10% de la productivité des ressources naturelles, tels que les pâturages et les forêts, pourrait conduire à une réduction de l'équilibre équivalente à 4% du PIB, due principalement à un besoin accru de biens importés.

Les cinq pays pilotes ont été choisis en consultation avec les institutions financières afin d'assurer qu'il y ait une certaine variété en termes d'utilisation de ressources naturelles et de performance économique.

Les profils à risques : découvertes clés par pays

Brésil

  • L'empreinte écologique a triplé entre 1961 et 2007, mais les écosystèmes du pays génèrent toujours plus de ressources naturelles et de services que les demandes de sa propre population.
  • L'exposition du pays à la flambée des prix de ressources naturelles continuera à s'accroitre dans les années à venir.
  • Le changement climatique pourrait affecter les précipitations et augmenter la sécheresse, réduisant ainsi la production agricole dans les régions pauvres.
  • Les niveaux de la dette souveraine étant modérés, le Brésil est en mesure d'absorber les chocs négatifs, bien que les prix des produits de base représentent un risque.

France

  • La demande de la France est de 1.4 fois plus élevée que les ressources écologiques qu'elle peut produire de manière durable. Cet écart s'est accru à un taux annuel de plus de 1% au cours des 10 dernières années.
  • La France est moins vulnérable aux fluctuations des prix que les autres pays étudiés, mais elle est exposée aux risques liés à l'énergie fossile du à l'interruption potentielle de l'approvisionnement et des importations.

Inde

  • La demande de l'Inde est de 1.8 fois plus élevée que les ressources écologiques qu'elle peut produire de manière durable. Cet écart s'est accru à un taux annuel de plus de 4.6% au cours des 10 dernières années.
  • La déforestation, le changement climatique, le surpâturage et la dégradation des sols sont les principaux risques.
  • L'accès à l'énergie est vital pour l'économie, en raison d'industries fortes consommatrice d'énergies telles que la production de ciment et la fabrication d'acier.
  • En raison de la croissance démographique, une part de plus en plus importante des besoins de l'Inde en matière de ressources naturelles devra provenir de l'étranger.
  • L'Inde a une plus faible capacité de résistance aux chocs des prix des ressources en raison de son déficit budgétaire, ainsi que de son taux d'inflation élevé.

Japon

  • L'utilisation domestique excessive des actifs écologiques nationaux a triplé entre 1961 et 2008.
  • En 2008, le Japon n'a produit que l'équivalent de 35% de ses besoins domestiques en ressources naturelles, comparé à 73 pour cent en 1961.
  • Le recours croissant aux importations de produits halieutiques, de carburant, de nourriture et de produits agricoles, expose le Japon à des risques de perturbation.
  • L'économie est dominée par les produits à forte valeur ajoutée, ce qui réduit la vulnérabilité du Japon face à l'évolution des prix des matières premières.
  • La dette souveraine élevée et le déficit public du Japon donnent peu d'espace budgétaire pour répondre aux chocs de l'augmentation des prix des ressources naturelles.

Turquie

  • La demande de la Turquie est de 1.8 fois plus élevée que les ressources écologiques qu'elle peut produire de manière durable. Cet écart s'est accru à un taux annuel de plus de 6% au cours des 10 dernières années.
  • Les industries gourmandes en ressources naturelles, tels que la production de textiles et l'agro-alimentaire, constituent une part importante de l'économie.
  • La pénurie d'eau, la désertification et la dégradation des terres présentent des risques majeurs.
  • La demande en eau pour l'agriculture est appelée à augmenter de 20 pour cent en 2050, mais de graves pénuries d'eau sont attendues en raison du changement climatique.
  • La résilience aux chocs des ressources est assurée grâce aux niveaux modérés de la dette publique.

Le rapport E-RISC est basé sur des données provenant des comptes du réseau global sur l'empreinte écologique, ainsi que sur des données de la CNUCED concernant les ressources non renouvelables. Le rapport présente une moyenne numérique pondérée sous forme de «score» censé représenter les risques liés aux ressources naturelles rencontrées par les cinq pays pilotes.

Bien que le cadre présenté dans le rapport ne constitue qu'une première étape, il donne un aperçu sur le développement des méthodes standardisées servant à clarifier les liens entre l'évolution de la disponibilité des ressources naturelles et les risques financiers et économiques au niveau des pays.

Les auteurs encouragent les agences de notation de crédit, les gestionnaires d'actifs et les propriétaires d'actifs (entre autre) à développer cette méthodologie pilote afin d'en faire un outil utilisable et standardisé qui puisse élargir l'analyse de l'investissement et pleinement capturer l'exposition potentielle des pays aux risques liés aux ressources naturelles.

Le développement de ce type d'indicateurs doit aller de pair avec des actions concrètes menées par les gouvernements pour promouvoir des méthodes de consommation et de production plus durables, réduisant ainsi les pressions sur les ressources naturelles, et les risques financiers qu'elles engendrent.

Le rapport identifie un nombre d'efforts menés par les gouvernements pour mieux comprendre comment les contraintes liés aux ressources peuvent avoir un impact sur la sécurité économique et les citoyens.

Il s'agit notamment des actions suivantes :

  • Les Philippines ont lancé le premier réseau national de l'empreinte écologique en Asie du Sud.
  • Le Costa Rica a présenté son empreinte écologique dans son rapport national de 2011. Celui-ci donne un aperçu des problèmes environnementaux, sociaux et nationaux que le pays rencontre.
  • L'Équateur s'est engagé, dans le cadre de son plan national de développement, à maintenir l'empreinte écologique du pays en dessous de la capacité des ressources naturelles nationales disponibles.

Une copie intégrale du rapport « E-RISC: A New Angle on Sovereign Credit Risk » sera disponible à partir du 19 novembre sur : http://www.unep.org/PDF/PressReleases/UNEP_ERISC_Final_LowRes.pdf

Le site de l'initiative financière du PNUE : www.unepfi.org

Le réseau global sur l'empreinte écologique : www.footprintnetwork.org

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :

Nick Nuttall, Directeur par intérim de la Division de la Communication et de l'Information et Porte-parole du PNUE, par Tél. : +254 733 632 755/+41 795 965 737, ou par e-mail : nick.nuttall@unep.org

Bryan Coll, Salle de presse du PNUE, par Tél. : +254 20 762 3088/+254 731 666 214, ou par e-mail : unepnewsdesk@unep.org

Ryan Van Lenning, coordonnatrice des communications, Global Footprint Network, par Tél. : 510-839-8879 (x320), ou par e-mail : ryan.vanlenning@footprintnetwork.org

 
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