Le rapport 2013 sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction d'émissions plaide en faveur d'une action mondiale d'envergure afin de combler cet écart di, nov 5, 2013

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Berlin/Nairobi, le 5 novembre 2012 - Si la communauté internationale ne prend pas immédiatement des mesures de grande envergure pour combler l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la possibilité de recourir à la formule du moindre coût pour maintenir la hausse des températures en dessous des 2° C au cours de ce siècle diminuera rapidement, créant ainsi de nombreux enjeux.

La publication du rapport 2013 sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction d'émissions, coordonné par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et auquel ont participé 44 groupes scientifiques dans 17 pays, intervient alors que les dirigeants sont sur le point de se réunir à Varsovie à l'occasion de la dernière Conférence des parties sur les changements climatiques.

Ce rapport constate qu'en dépit des moyens qui pourraient permettre d'atteindre l'objectif de 2° C malgré l'augmentation des émissions, la non réduction de l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions aggravera les problèmes d'atténuation après 2020.

Cela se traduira par des taux beaucoup plus élevés de réduction des émissions mondiales à moyen terme ; une plus grande dépendance envers les infrastructures à forte intensité de carbone et, à moyen terme, envers des technologies souvent non éprouvées ; une augmentation des coûts d'atténuation à moyen et long termes et des risques accrus de ne pas parvenir à l'objectif des 2° C.

Même si les pays respectent leurs engagements climatiques actuels, d'ici 2020 les émissions de GES devraient dépasser de 8 à 12 gigatonnes d'équivalent CO2 (Gt éq-CO2) le niveau qui permettrait de recourir à la formule du moindre coût.

Si l'écart n'est pas comblé ou réduit de manière significative d'ici là, il ne sera plus possible de recourir aux nombreuses possibilités permettant de limiter la hausse des températures et de réduire l'objectif à 1,5° C. Il deviendra d'autant plus nécessaire d'améliorer plus rapidement l'efficacité énergétique et de recourir à la biomasse pour la capture et le stockage du carbone.

Pour pouvoir atteindre l'objectif des 2° C et parer à ces conséquences négatives, le rapport indique que les émissions ne devraient pas dépasser 44 Gt éq-CO2 à l'horizon 2020 afin de permettre les nouvelles réductions nécessaires (40 Gt éq-CO2 à l'horizon 2025, 35 à l'horizon 2030 et 22 à l'horizon 2050). Cet objectif reposant sur des scénarios de mesures prises à partir de 2010, le rapport constate que celui-ci s'avère de plus en plus difficile à atteindre.

« Comme le souligne le rapport, le report des mesures entraînera une augmentation des changements et, probablement, des impacts climatiques à court terme, ainsi que la poursuite de l'utilisation d'infrastructures énergivores à forte intensité de carbone. Cette dépendance ralentirait l'introduction de technologies respectueuses du climat et réduirait les choix de développement permettant à la communauté internationale de construire un avenir vert durable », a déclaré Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations unies et Directeur exécutif du PNUE.

« Toutefois, il demeure possible d'atteindre le jalon de l'objectif de 2020 en renforçant les engagements actuels et en prenant des mesures supplémentaires, notamment l'intensification des initiatives de coopération internationale dans des domaines tels que l'efficacité énergétique, la réforme des subventions aux combustibles fossiles et les énergies renouvelables », a-t-il ajouté. « Même l'agriculture peut contribuer à cet objectif, car les émissions directes de ce secteur représentent actuellement 11 pour cent des émissions de gaz à effet de serre, voire plus si l'on tient compte des émissions indirectes. »

Le total des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2010, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, s'élevait déjà à 50,1 Gt éq-CO2, soulignant ainsi l'ampleur de la tâche à accomplir. Si rien ne change à l'échelon mondial et que les engagements pris ne sont pas respectés, il est prévu que les émissions atteignent 59 Gt éq-CO2 en 2020, soit 1 Gt éq-CO2 de plus que ne le prévoyait le rapport 2012 sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction d'émissions.

Les scientifiques s'accordent à dire que les risques de dommages irréversibles à l'environnement augmenteraient de manière significative si, d'ici la fin du siècle, la hausse moyenne de la température mondiale dépassait de 2° C les niveaux de l'ère préindustrielle. Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a confirmé qu'il est « extrêmement probable » (de 95 à 100 pour cent de probabilité) que l'activité humaine soit à l'origine de ce réchauffement.

« Alors que nous nous rendons à Varsovie à l'occasion de la dernière série de négociations sur le climat, tous les pays doivent vraiment revoir leurs ambitions à la hausse, afin de pouvoir combler plus profondément et plus rapidement l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions et assurer un avenir durable à tous », a déclaré Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. « Toutefois, davantage d'ambition ne suffira pas à faire face aux réalités scientifiques des changements climatiques. C'est la raison pour laquelle il est urgent de parvenir, à l'horizon 2015, à un nouvel accord universel qui permette d'intensifier la coopération internationale. »

Si l'on n'accentue pas les efforts et la détermination dès à présent, des réductions plus rapides et plus coûteuses des émissions seront nécessaires à un stade ultérieur, ce qui entraînera des coûts d'atténuation élevés et des difficultés économiques accrues lors de la transition vers une politique climatique globale.

Un autre rapport du PNUE indique que les coûts d'adaptation pour l'Afrique pourraient atteindre 350 milliards de dollars par an d'ici 2070 si l'objectif des deux degrés était sensiblement dépassé. En revanche, ils diminueraient de 150 milliards de dollars si l'objectif était atteint.

Il est possible d'atteindre l'objectif pour 2020

Même si les occasions d'agir diminuent, il reste possible d'atteindre l'objectif de 44 Gt éq-CO2/an d'ici 2020 en prenant sans tarder des mesures fermes. Des études indiquent que moyennant un coût maximal de 100 dollars par tonne d'équivalent CO2, il est possible de réduire les émissions de 14 à 20 Gt éq-CO2 par rapport aux niveaux d'une situation de statu quo.

Ainsi, le simple durcissement de la réglementation concernant les engagements relatifs aux négociations sur le climat permettrait de réduire l'écart d'environ 1 à 2 Gt éq-CO2. En revanche, si les pays appliquent sans conditions les réductions maximales auxquelles ils se sont déjà engagés, il serait possible de le réduire de 2 à 3 Gt éq-CO2. Élargir la portée des engagements pourrait permettre une réduction supplémentaire de l'écart de 2 Gt éq-CO2. Il s'agit notamment de couvrir toutes les émissions relevant des engagements nationaux, de faire en sorte que tous les pays s'engagent à réduire leurs émissions et de réduire celles attribuables au transport international.

En ajoutant la réduction due au resserrement de la réglementation, la mise en ?uvre sans conditions d'engagements ambitieux et l'élargissement de la portée des engagements actuels pourraient permettre à la communauté internationale de combler environ la moitié de l'écart. Le rapport indique que l'écart restant pourrait être comblé grâce à de nouvelles mesures internationales et nationales, notamment par l'intermédiaire d'« initiatives de coopération internationale ».

La coopération internationale pourrait générer d'énormes avantages

Il existe un nombre croissant d'initiatives de coopération internationale qui permettent à des pays et d'autres organismes de coopérer pour promouvoir des technologies et des politiques à l'impact positif sur le climat, même si l'atténuation des changements climatiques ne constitue pas leur objectif principal.

Le rapport a identifié plusieurs domaines propices à la mise en ?uvre de telles initiatives ; de nombreux partenariats, qui peuvent être étendus et reproduits pour apporter les avantages nécessaires, existent déjà :

  • L'efficacité énergétique, qui pourrait permettre de réduire l'écart de 2 Gt éq-CO2 à l'horizon 2020. Par exemple, l'électricité destinée à l'éclairage représente environ 15 pour cent de la consommation mondiale d'électricité et 5 pour cent des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle de la planète. Plus de 50 pays ont rejoint en.lighten, le programme de partenariat mondial pour un éclairage efficace, et accepté d'éliminer progressivement les lampes à incandescence inefficaces d'ici fin 2016 ;

  • Les initiatives en matière d'énergies renouvelables pourraient permettre de réduire les émissions de 1 à 3 Gt éq-CO2 d'ici 2020. Au total, 244 milliards de dollars ont été investis dans les énergies renouvelables en 2012 et 115 GW d'équipements d'énergies renouvelables ont été installés dans le monde, une année record selon le 2013 Renewables Global Status Report (Rapport 2013 sur la situation globale des énergies renouvelables) de REN21. Ces huit dernières années, le nombre de pays disposant d'objectifs en matière d'énergies propres a triplé, passant de 48 à 140, ce qui indique que le passage aux énergies renouvelables s'accélère ;

  • La réforme des subventions relatives aux combustibles fossiles qui pourrait générer une réduction de 0,4 à 2 Gt éq-CO2 à l'horizon 2020.


Cependant, pour que les initiatives de coopération internationale soient efficaces, le rapport conclut qu'elles doivent comporter les aspects suivants :

  • une vision et un mandat clairement définis ;
  • un groupe de participants adapté à ce mandat, sans se limiter aux négociateurs traditionnels en matière de climat ;
  • une participation plus forte des acteurs des pays en développement ;
  • un financement suffisant et une structure institutionnelle pour assurer la mise en ?uvre et le suivi, tout en conservant la flexibilité ;
  • des mesures incitatives pour les participants ;
  • des mécanismes de transparence et de responsabilité.

L'agriculture offre des perspectives

Cette année, le rapport porte une attention particulière au secteur de l'agriculture, les estimations des possibilités de réduction des émissions dans ce secteur oscillant entre 1,1 et 4,3 Gt éq-CO2. Peu de pays disposent cependant de mesures dans ce domaine dans le cadre de la mise en ?uvre de leurs engagements

Le rapport présente une série de mesures qui contribuent non seulement à atténuer les changements climatiques, mais permettent aussi d'améliorer la durabilité environnementale du secteur et pourraient offrir d'autres avantages, tels qu'une hausse des rendements, une baisse des coûts des engrais ou des revenus supplémentaires provenant de la sylviculture.

À titre d'exemple, le rapport souligne trois pratiques essentielles qu'il conviendrait de développer plus largement :

  • Les pratiques de non labour : il s'agit d'éliminer le labour en procédant à un semis direct sous la couche de paillis de la récolte de la saison précédente. Cela permet de réduire les émissions liées à l'utilisation du matériel agricole et au fait de remuer les sols ;

  • L'amélioration de la gestion des nutriments et de l'eau dans la production de riz : il s'agit notamment de pratiques culturales novatrices qui réduisent les émissions de méthane et de protoxyde d'azote ;

  • L'agroforesterie : il s'agit de différentes pratiques de gestion qui incluent délibérément des plantes ligneuses dans les exploitations agricoles et le paysage et qui permettent d'augmenter l'absorption et le stockage du dioxyde de carbone de l'atmosphère dans la biomasse et les sols.


Notes à l'attention des rédacteurs :

Le rapport, auquel ont participé 70 chercheurs appartenant à 44 groupes scientifiques dans 17 pays, a été financé par le ministère fédéral allemand de l'Environnement, de la Conservation de la nature et de la Sûreté nucléaire. Le rapport complet peut être téléchargé ici : http://www.unep.org/emissionsgapreport2013/

Portail du PNUE sur les changements climatiques : http://www.unep.org/climatechange/

CCNUCC : www.unfccc.int

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez prendre contact avec :

Nick Nuttall, porte-parole du PNUE et Directeur de la Division de la communication et de l'information

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Service presse du PNUE

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